THOMAS PODVIN’S FREELANCE WORK
Freelance writer - translator - Editor

Tuesday 20 December 2005

Le choix des armes: les sept épées de Tsui Hark

Il y a quelque chose de magique qui émane de Seven Swords (Qi Jian), et ce ne sont pas seulement les huit millions de yuans (soit environ six millions d’euros) que le film a engrangé lors des deux premières semaines d’exploitation en Chine populaire – malgré une terrible tempête sur la côte Est de la Chine qui aurait du inciter les gens à rester chez eux. Seven Swords prend sa source dans la tradition du wuxia (« chevalerie chinoise »), « la littérature wuxia est à la fois un art et une culture » comme l’explique le realisateur hongkongais Tsui Hark. « Ce sont des histoires imaginaires développées à partir de nos vies quotidiennes ; elles expriment l'esprit de justice, l'héroïsme et l'humanité ». Les romans de wuxia sont le fruit d'un héritage culturel profond et sont pour la plupart des histoires, se déroulant dans la Chine Ancienne, où les chevaliers évoluent dans le monde des arts martiaux, ou « Jiang Hu ». Le wuxia pian est le genre filmique dérivé de cette littérature fabuleuse (les films de kungfu appartiennent à cette catégorie). Dans ces histoires regorgeant d'action, les personnages pratiquent le kungfu et possèdent toutes sortes de pouvoirs magiques – comme se déplacer en volant sur la cime des arbres et réaliser des acrobaties qui feraient pâlir d'envie des Van Damme, Schwarzenegger et autres Stallones. Tigre et Dragon (Ang Lee, 2000) nous en avait déjà donné un aperçu. Une infinité de personnages, des intrigues croisées et complexes s'offrent au spectateur lorsque tout ce petit monde repose les pieds sur terre. La dernière production de celui que l'on appelle « le Spielberg hongkongais », Tsui Hark, tente de séduire le public chinois en lui offrant l'essence ultime du wuxia sur grand écran.

Né au Vietnam, Tsui Hark est dans le métier depuis plus de 25 ans. Il nous a livré quelques uns des meilleurs films de wuxia jamais réalisés en Chine continentale ou à Hong Kong. Formé aux méthodes hollywoodiennes de réalisation, il est toujours à la recherche de nouvelles idées qu'il expérimente afin d'explorer l'héritage culturel chinois et de l'exposer aux nouvelles générations de spectateurs.
Tsui Hark a débuté sa carrière à la fin des années 70 en réalisant la célèbre série télévisée de wuxia The Gold Dagger Romance, son premier tournage officiel, bien qu'il réalisait déjà à l'âge de 13 ans des films expérimentaux en 8 mm. En 1981, il rencontre la reconnaissance internationale avec Zu, Les Guerriers de la montagne magique, un récit d'arts martiaux défiant les lois de l'apesanteur. Malgré la première utilisation des techniques hollywoodiennes d'effets spéciaux (blue screen) dans un film hongkongais, Zu est un flop au box office local. Le film devient culte à travers le monde par l’intermédiaire de la VHS.
Depuis, avec plus de 60 films produits, dont 40 réalisés, Tsui a essayé de trouver le juste milieu entre expérimentation, ambition et succès commercial au sein de sa propre compagnie, la Film Workshop. Il a co-fondé la Film Workshop en 1984 avec sa femme Nansun Shi, une des productrices les plus respectées de Hong Kong. Dans ce laboratoire d'expérimentation cinématographique, ils se sont attachés à faire revivre toutes sortes de genres. « Nous pensons que l'héritage chinois a beaucoup à offrir » affirme Nansun. « Nous essayons de trouver les histoires qui pourraient avoir du succès à la fois sur le marché international et sur le marché local. »

Tsui a rendu hommage au folklore et à l'art chinois, non seulement en faisant revivre le film en costumes et le wuxia dans les années 1980 et 1990, mais aussi en franchissant de nouvelles limites. Les trilogies, A Chinese Ghost Story et Swordsman, le film The Lovers font partie de ses oeuvres les plus exceptionnelles et populaires. Ce qui montre qu'aussi iconoclaste, original et expérimental qu'il soit, ce réalisateur de 55 ans n'en a pas moins réussi à produire une série de succès commerciaux. Donc il ne s’agit nullement d’exagérer en affirmant que Tsui Hark a nourri l'industrie hongkongaise du film de 1986 à 1996 avec des idées novatrices, de nouvelles formules et genres filmiques. Les producteurs de Hong Kong ne s'y sont pas trompés, ils ont copié ses films et son style maintes fois. Ils ont inondé le marché avec près de 200 films par an en faisant de l'argent facile. D'un point de vue optimiste, ils ont aussi permis à de nouveaux réalisateurs et acteurs d'émerger et de transformer les modèles en genres populaires. Tous ces films étaient destinés au marché hongkongais ; Taiwan et la Corée faisant office de marchés secondaires. Or, aujourd'hui, il est devenu irréaliste, voire suicidaire, de faire recette en ne visant que le marché local.

Tsui Hark va découvrir cette dure réalité à ses dépends. Au milieu des années 1990, l'industrie du cinéma asiatique va mal, elle doit faire face à la crise financière qui sévit en Asie, à la montée en puissance du piratage, à la compétition des films hollywoodiens et de Chine continentale, et à l'exode de ses cerveaux vers l'occident. L'industrie cinématographique va alors décliner pendant presque dix ans. Il en est de même pour la production de la Film Workshop qui, de cinq films produits par an entre 1986 et 1994, passera à un film par an à partir de 1998.

Après un court séjour aux USA vers 1997 (séjour pendant lequel il va constater que la politique de studios hollywoodiens est trop restrictive à son goût), et plusieurs tentatives à Hong-Kong avec des fonds étrangers, Tsui Hark finit par produire en Chine quelques films discrets qui ne rencontrent pas de succès. Mais ils semblent être une tentative d'évaluation du marché local et des méthodes de production chinoises. A l'évidence cette expérience a certainement balisé le terrain pour son futur projet. « On ne devrait pas se limiter seulement à un certain lieu quand on fait des films, ce serait mieux d'aller dans divers endroits pour travailler, » a expliqué Tsui Hark pendant la conférence de presse de Seven Swords qui s’est tenue à Shanghai en juillet 2005. « Travailler de cette manière est mon rêve, et comme la majorité des spectateurs se trouve en Chine je dois essayer de donner le meilleur de moi-même».

Et c'est ce qu'il a fait. Le wuxia pian Seven Swords, est l’opportunité parfaite pour revenir sous les projecteurs, et renforcer sa renommée et sa bankabilité sur le marché chinois. Avec une intrigue simple - sept guerriers se réunissent afin de protéger un village contre un général démoniaque - mais beaucoup d'attention portée aux personnages et à la production, le film a concrétisé les projets très ambitieux de Tsui. Trois équipes, trois chorégraphes et trois directeurs de la photographie ont filmé, nuit et jour, onze personnages principaux afin d'achever cette co-production Chine/HongKong/Corée/Singapour de 15 millions d’euros.

A l'origine, une importante compagnie de télévision chinoise avait approché Tsui Hark en qualité de consultant créatif pour une série télévisée basée sur un classique de la littérature chinoise, le roman de Liang Yu-sheng, « Seven Swordsmen from Mountain Tian ». Connaissant l'ouvrage sur le bout des doigts et conscient de son potentiel cinématographique, Tsui a réussi à étendre sa collaboration à la production d’une série de longs métrages et séries télévisées qui seront tournées avec des équipes hongkongaises et un casting chinois. En effet, Tsui Hark et Nansun Shi, sa femme et partenaire, pensent qu'une coopération bilatérale est le meilleur moyen de réanimer le cinéma hongkongais. Nansun, productrice de Seven Sword, a évolué dans l'industrie du cinéma depuis trois décennies. Elle explique : «Nous sommes ceux qui pouvons sauver le cinéma de HongKong, si nous n'essayons pas, qui le fera ? ». Extrêmement motivé et enthousiasmé par le projet, Tsui abandonna la production d' Initial D , alors qu'il avait déjà commencé le travail de pré-production et repérage au Japon. Le film fut finalement réalisé par Andrew Lau et Alan Mak (Infernal Affairs), qui livrèrent un produit assez fade, calibré pour la pop idole taiwanaise Jay Chou.

"les films de kung fu deviennent de plus en plus abstraits... il était temps de ramener le genre à la réalité"


Seven Swords est aussi la tentative de Tsui de réconcilier le public chinois avec le monde des arts martiaux. Depuis Ang Lee et son Tigre et dragon, qui explosa sur tous les écrans en 2000, un grand nombre de wuxia pian esthétiques ont été réalisés afin de satisfaire aux goûts des spectateurs occidentaux. Le public chinois, un peu plus circumspect, a alors pensé que le vrai esprit du wuxia avait été trahi et affadi pour l’exportation. « Aujourd'hui les films de kung fu deviennent de plus en plus abstraits, si abstraits que j'ai senti qu'il était temps de ramener le genre à la réalité », explique Tsui Hark.

Avec Seven Swords, Tsui a trouvé un moyen d'expérimenter et de faire de l‘argent. Ironie du sort, il le fait à la manière hollywoodienne, à la Matrix avec ses produits dérivés. Seven Swords deviendra une série de long métrages, une série télévisée, des jeux vidéo et des BD. Les figurines Seven Swords ne sont pas loin derrière… Bien qu'une pléthore de personnages et de nombreuses sous-intrigues soient des caractéristiques du monde du wuxia pian, la complexité de l'histoire est ici autant à imputer au récit qu'à des raisons financières. Tsui explique : « les indices laissés dans ce premier film sont nécessaires et directement liés à la suite ». Ceci aide à comprendre pourquoi beaucoup de critiques et de spectateurs sont sortis perplexes de la projection du film. Pour lever la confusion, Tsui, tout comme Georges Lucas avec Star Wars, a écrit la bible de Seven Swords, détaillant le développement des personnages et le monde dans lequel ils évoluent. « La société est composée de nombreux êtres humains, il en est de même pour le Jiang Hu », dit-il. « Je veux juste rendre Seven Swords proche de la vie réelle et provoquer l‘émotion».

Seven Swords n'est pas parfait, mais c'est une réussite pour son créateur; le film lui a permis de retrouver une crédibilité financière. Suite à ce succès, Tsui cumule les nouveaux projets. Dans un futur proche, il produira un film co-financé par la France, The White Phoenix, et une comédie Kung Fu avec Stephen Chow (Crazy Kung Fu) en vedette. Il semblerait que Tsui Hark va continuer à jouer son rôle d'ambassadeur cinématographique de la culture chinoise pour de nombreuses années à venir.
Que la force soit avec lui.

Remerciements à Film Workshop / Mandarin Films / Mme Nansun Shi / M. Gu Ming.

Article publié en anglais dans that’s Shanghai magazine, Octobre 2005.
Version française publiée sur HKCinemagic.com, octobre 2005.
Photos Film Workshop /Mandarin Films /Beijing Ciwen Film /Boram Entertainment.
1728 mots.

Sunday 6 November 2005

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Sunday 14 August 2005

Devdas de Sanjay Leela Bhansali (2002/Inde)

Devdas (Shah Rukh Khan) et Paro (Aishwarya Rai) sont amis d'enfance. Paro se languit de revoir Devdas contraint par son père de partir étudier dix ans en Angleterre. Pourront-ils enfin exprimer leurs sentiments l'un pour l'autre et se marier ? Parler d'un film Bollywood dans ces pages consacrées à Hong Kong peut paraître surprenant. Sans s'étendre sur le sujet, il arrive qu'on retrouve, dans d'autres cinématographies, une idée de cinéma (spectacle, réflexion ou exercice cinématographique) proche de ce qu'a pu fournir le cinéma de HK à une certaine époque. C'est le cas pour Devdas, d'où l'intérêt qu'on lui porte ici.

Devdas rempli son contrat de film à grand spectacle Bollywoodien (glamour, chants et danses, sentiments exacerbés) et fait preuve de raffinements, de subtilités ainsi que d'une grande rigueur. L'esthétisme, la psychologie des personnages, le scénario et les dialogues sont particulièrement soignés.

Il est difficile de parler de Devdas sans recourir aux superlatifs, tant ce film représente un véritable culte du beau. Il y a toujours un plus dans tout ce qui est mis en scène et cadré. Les actrices ont les mains maquillées et ornées de bijoux, elles portent des costumes chamarrés et évoluent dans des décors grandioses sublimés par un éclairage très travaillé. Mais Devdas n'est pas un exercice de style friqué et vain. Les magnifiques décors raffinés, presque baroques, le maquillage, les costumes et accessoires, et la photographie ainsi que certaines idées de mise en scène subliment les personnages et leur histoire. Tous ces éléments participent au spectacle et sont adroitement utilisés pour exprimer des sentiments et des émotions ineffables. Le talent du réalisateur, et de son équipe, est d'avoir mis une débauche de beauté et de splendeur au service de son propos et du parcours des personnages.

L'un des grands atouts du film est ainsi d'échapper aux travers typiques de ce genre de produit. Le réalisateur évite soigneusement de longs tunnels dialogués pour expliquer une histoire ou des sentiments. Il choisit plutôt de les montrer et de les dévoiler en recourrant à tous les éléments visuels (photographie, montage, décors, accessoires…) et sonores propres au médium. Toutes les ressources cinématographiques disponibles sont donc employées au maximum. La photographie est évidemment l'outil à l'efficacité la plus visible. Dans la scène au clair de lune où Devdas découvre le visage de Paro, les deux amoureux sont enrobés par une réflexion mouvante des vitraux colorés sous les rayons lunaires. Celle-ci accentue la révélation magnifique et souligne la comparaison entre la beauté des traits de Paro et de la lune. Le montage à également son importance. La séparation des deux amants est montée en cross cuting ou montage alterné, entre ici un flash back et une scène actuelle. Ce procédé permet de mettre en parallèle les tragédies du passé et du présent et donc démultiplie leur intensité dramatique. Enfin, l'ambiance sonore appuie les effets. Le bruit du tonnerre ou d'un claquement de fouet vient appuyer un moment tragique ou une terrible révélation.

Le fond et la forme vont ainsi se compléter, s'harmoniser et sublimer l'histoire des personnages. Le film prend des allures de conte de fée après le premier tiers. Tout converge alors vers un spectacle d'une intensité et d'une beauté extrême. Lors de la scène à la source entre Devdas et Paro, la lumière de la lune les illumine d'une clarté quasi féerique. Le film entre alors dans une phase plus onirique, en dehors des réalités d'une simple histoire d'amour, et évidemment loin du quotidien indien (lieu et époque demeurent assez flous). Devdas est devenu gentleman tandis que Paro possède tous les atours d'une princesse de contes. Le premier ne peut se soustraire à son déclin malgré toutes ses vertus. Paro, elle, change de statut et évolue dans un environnement qui correspond à ses métamorphoses. D'abord jeune fille qui attend Devdas dans sa chambre, elle prend ensuite des allures de belle au bois dormant orientale au clair de lune. Puis elle acquiert une situation stable d'épouse d'aristocrate et de mère au sein d'un palais grandiose où un plan majestueux lui donne les apparences d'un personnage de peinture assujettie à son environnement et au décorum. Par la suite, sa grandeur, son charisme, le luxe des ses vêtements et bijoux révèlent l'importance de sa situation de maîtresse de maison.

En utilisant tous les moyens mise à disposition, le réalisateur Sanjay Leela Bhansali réussi avec rigueur et sans digression inutile à imprimer sur pellicule le pathos de ses personnages et à redonner ses lettres de noblesse au genre de la comédie mélodramatique indienne. L'histoire d'amour de trois heures ne s'essouffle pas car de nouveaux éléments viennent s'ajouter au récit et maintiennent l'intérêt du spectateur tout en faisant progresser l'intrigue. Ce qui ne veut pas dire que Sanjay Leela Bhansali ne prenne pas son temps pour ménager de purs moments de poésie (avec danses et chants par exemple) ou des instants lyriques (dialogues imagés, poétiques et / ou à plusieurs niveaux de lectures) qui confirme la filiation du film à la littérature. Pour mémoire, le scénario est basé sur un roman classique indien déjà maintes fois porté à l'écran. Devdas est un film populaire, mais qui offre une plus-value indéniable par rapport aux autres films commerciaux Bollywood du genre. Il ne sombre pas dans les écueils faciles du mélo. Le film n'est ni kitch, ni ennuyeux et tout en impliquant le public au divertissement, il évite de prendre le spectateur en otage d'une déferlante de bons sentiments et de débordements lacrymaux (comme le laissait faussement présager le premier quart d'heure). Bref, il titille autant l'affect que l'intellect, il contente autant le goût du beau que le pathos. Ce qui mérite tout de même la plus grande attention.

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Chief editor: Thomas Podvin
Published: 21/04/03
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Time and Tide by Tsui Hark (2001/Hong-Kong)

Tsui Hark has always enjoyed playing with the two antagonist facets of the cinema industry: business and art. Unfortunately, this game doesn't come with drawbacks and Time and Tide is a good example. As an art object, this movie is probably the most exhilarating graphic material ever shot for the last five years, aside from Wong Kar Wai's features probably. On the commercial side of the project, however, Time and Tide didn't trash the box office in Hong-Kong or in Far East Asia as expected by the co-production Company Columbia Tri-Star. The success was there, but still moderate. A good cast of stars (i.e. Taiwanese rock star Wu Bai, Hong-Kong pop star Nic Tse and Candy Lo) should have assured to break records. What went wrong? Probably tremendous fast action mixed with an apparently complex plot but delivering several different sub-textual issues didn't appeal enough to the audience.

Some people stated that the holes in the plot of Time and Tide were eventually corked by ultra high-speed action, hyper-kinetic camerawork and editing. Tsui Hark never said that they were wrong, but he declared that Time and Tide is full of his favourite sub-textual themes, e.g. hope, romantism, existentialism, post-hand-over doubts and struggle against fate. I should add that there are plenty of different atmospheres and a lot of attractive characters in this feature.

Frankly on paper, this plot seems easy to grasp. The way Tsui Hark tells his story has however disconcerted a lot of people and even some film critics. But Tsui Hark tried hard to make the story easy to follow with directors' tricks such as voice over technique and a relative linear plot. Lots of supporting roles make the movie rich in situations and confrontations, but can confuse an audience used to be spoon fed in theatres. Don't get me wrong, I am not blaming the audience's capability to understand plots. The simple fact that the American film industry has always flood the world with linear plot features or easy story telling shows that sometimes people go to the cinema not to be bothered by any plot intricacy. For instance, The Matrix scriptwriter, aware of this fact, developed his script in order to explain Keanu Reeves and the audience the complexity of the Matrix worlds, which takes nearly half of the film length.

However, Tsui Hark has always taken advantage from a new production to experiment as much as possible the cinematic medium. He has used his audience to get ready to undergo an amazing experiment when going to theatres. For instance, flashy colours and bonkers editing will probably still affect your retina a few hours after watching Time and Tide. Intensive editing from Marko Mak served the instantaneousness of speed action, but was also a mean for Tsui Hark to tell a story only giving what he wants (e.g. through jump cuts and ellipsis) to let the audience reassemble the puzzle and understand. Such brain process could appear daunting, especially when one is expecting to watch a modern action movie with his/her favourite pop stars.

Tsui experiments as well in order to show something never seen before, to create something new or to revive old practices in the local cinema. In Time and Tide, he revived tired heroic-bloodshed action sequences from recent Hong-Kong movies with wire works as well as he did for Kung-Fu movies, i.e. Once Upon A Time In China that launched Jet Li's career.

In addition to that, Tsui managed to create different type of atmospheres and can even put together abrupt changes in tone the simplest fashion possible. In the beginning of the film the way a hand held camera follows Nic Tse through filters and fancy lighting and shows the exceptional tact he has with females and his ability to pull, refers to Wong Kar Wai's work, especially Chungking Express and Fallen Angels. But within this sequence, another atmosphere or strong feeling come into the equation. Nic Tse and Cathy Chui vomit after a drinking session from a bridge as taxis drive by. To me, this type of trash and anarchic behavior refers to Tsui's third movie: Don't play with fire (aka Dangerous encounter of the first kind) describing a bunch of anarchic schoolboys in a rotten Hong-Kong.

So finally, Time and Tide is worth watching over and over again for its complexity and its fantastic action scenes that makes its richness and its appeal. It does deserve a second though. When asked about Time and Tide, Tsui Hark claimed to have made a new type of action film and even expect from the audience to adjust to it! To convince people, Tsui made another brilliant feature that shows action and tells a story in the same particular way: Legend Of Zu. Better get used to it!

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Published: 12/2001
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A Jet Li Biography

by James Robert Parish. Thunder's Mouth Press, NY. 2002, 218p

James Robert Parish is a veteran Hollywood chronicler (The Multicultural Encyclopaedia of Hollywood). He is a true Hong-Kong movie aficionado and he took the opportunity of the fast-growing international fame of Kung Fu prodigy and kind-hearted actor Jet Li, to deliver a comprehensive biography of the man; a meaningful and educative content that is, unfortunately, delivered in a poorly-designed packaging. But this first American book ever about Jet Li isn't going to disappoint his fans.

The author has chosen the chronological approach throughout 18 chapters. Each of them is indeed dedicated to a key event or a set of determining events in Jet Li's life. The choice to order chronologically the events illustrates Parish wish to root Li's career strategy into his country's and his own historical, cultural, social and even religious backgrounds, which can sometimes appear very obscure for western filmgoers. In this respect, the first chapters constitute a history lecture of an early-20th-century China, mixed with historical details on Jet Li's hometown (Beijing) and with his family background and everyday life struggles. All this is done in order to get a general picture of the martial artist persona and aspirations. The last paragraphs deal with each of the movies he made in the USA from 1998, at the rate of a movie per chapter (from Lethal Weapon 4 to The One). They are then followed by a substantial filmography and a bibliography.

Despite an apparent linear continuity in dealing with every movie Li's made, Parish doesn't make a mere list detailing their faults or merits. His work is much deeper since he systematically reveals ups and downs of a feature production, he adds a plot summary, not spoiler free though, he specifies the dates of release (in HK and in the USA) and the box office grosses and successes. He usually finishes it off by describing the audience and critic reception adding various American journalist quotations. Sometimes Parish fails to make his point crystal clear since he may dilute his analysis of the situation with so much wealth of detail. But this thorough approach is logical and serves well the author demonstration.

Li sees each movie as an excuse to a new challenge and he is motivated by new experiences, by meeting new people or to improve his acting skills. During the production of Once Upon A Time In China, director Tsui Hark unexpectedly brought him new perspectives on his acting approach, which helped him to improve his performances. The chronological progress is therefore logical since it perfectly follows Li's evolution in his private and professional life.

To support this private and intimate approach, a multitude of Jet Li's own words are quoted in addition to various excerpts on film critic reviews. Again, it leads the reader to understand Li's own reflections on his career ups and downs. For instance, repeated failures to find a proper project, multiple injuries or witnessing Hong-Kong people misbehaving with Mainlanders made Li seriously think of giving up. But, Parish demonstrates that Li worked as hard to become an accomplished movie person (in production, acting, action choreography, script-writing and even film direction) as he did to become a Wu Shu expert, in spite of some misfortune.

Parish knows that his readership may be a mix of Li's fanatics and mere moviegoers. He takes then the opportunity to be educational, but never boring. He explains indeed what are the typical constraints in the HK movie productions and the local film genres and techniques (e.g. Wu Xia Pian or Kung Fu, and wire works). This has the double advantage to never lose the reader into the complexity of a chaotic Hong Kong film production system, which is miles away, in its conception, from the Hollywood asepticized methods. And it helps the reader to contemplate Li's merits in dealing with such traditional and demanding system and still displaying his tremendous skills whilst promoting Chinese cultural heritage. The tough production of Hong-Kong/China co-production Shaolin Temple 3: Martial Arts From Shaolin (by Lu Chia Liang, 1986) is a perfect example.

This comprehensive biography is obviously recommended. Captivating explanations are cleverly illustrated by various meaningful anecdotes and quotations. Unfortunately, Parish's words failed to be beautifully illustrated by gorgeous and attractive colour pictures. Despite their originality, thirty odd black and white vaguely framed pics don't satisfy the eyes of the fans, craving for magnificent photos of his/her hero. On top of that, the cover is a clumsy collage, associating Jet Li's face to a fist and a 'kicking-ass' session in a black background. This is a simplistic association of ideas to depict Li's personality and this gives nothing exciting nor attractive to look for in bookshops for the proper fans, not to mention the curious moviegoers. They have the right to expect better, especially since exuberant aesthetics and graphic virtuosity are the HK film industry trademarks; a film industry that has generated, at the end of the day, the Jet Li's phenomenon.

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Chief editor: Thomas Podvin
Published: 06/2002
Book courtesy Thunder's Mouth Press
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Saturday 13 August 2005

Christopher Doyle's Photographic Journal of Happy Together, A Wong Kar Wai film

de Christopher Doyle. Ed. City Entertainment. Le livre est en vente environ 25 euros chez yesasia.com.

L'album photo/ journal de bord de Christopher Doyle sur le tournage de Happy Together en Argentine déjà édité en 1997 a été réédité en 2003 suite au décès de Leslie Cheung le premier avril de cette année.

Esthétiquement très soigné (couverture carton, photos couleur et pages glacée), ce livre bilingue en anglais et chinois évoque les tribulations de chinois en Argentine, à la recherche d'un film. Outre les commentaires acides et drôles de Doyle, le directeur de la photo attitré de Wong, le livre retrace avec une extrême justesse l'ambiance sur le plateau, les relations et tensions avec l'équipe et les acteurs (Leslie Cheung plus "star" que jamais) et l'inspiration et les méthodes de travail du photographe. D'anecdotes en anecdotes, l'auteur dévoile un Wong Kar Wai quasiment perdu sur le plateau, qui filme et invente au gré des endroits et de l'architecture de la ville, et qui "jamme" avec ses techniciens et acteurs à la recherche de ses personnages et d'une histoire qui ne prendra finalement que tout sont sens au montage. Les photos et textes contribuent également à démystifier le réalisateur et les acteurs en témoignant de situations parfois ordinaires… Et la pauvre Shirley Kwan, coupée au montage, apparaît aussi sur certaines photos au côté de Chang Chen. Bref, recommandé aux fans du film et de Wong Kar Wai. Un niveau d'anglais assez bon est toutefois requis pour comprendre toutes les expressions et les subtilités des histoires de l'Australien Doyle.

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Plublished:08/2003
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Kung Fu Hustle de Steven Chow (2004/Hong-Kong/Chine)

Kung Fu traditionnel + humour de Chow + effets modernes + hommage au cinéma et à la culture chinoise = nouveau chef d’oeuvre du cinéma hongkongais.

Ce qui a fait la faiblesse de beaucoup de films asiatiques ces dernières années était la volonté de conquérir à tout prix les marchés internationaux avec une tendance à gommer son identité propre. Il en résultait des films pour la plupart chèrement produits, vites consommés, et au final fades et creux. Bénéficiant de moyens conséquents en provenance de Chine, de Hong Kong et des USA, et d’une excellente qualité de production, Kung Fu Hustle, la dernière réalisation du comique numéro 1 de HK, Stephen Chow, échappe à cette tendance. Même s'il a un vrai potentiel pour conquérir les marchés occidentaux, Kung Fu Hustle est avant tout un film de kung fu respectant la tradition du genre et qui de plus est accessible à tous. Hommage au cinéma de HK, il est une belle démonstration du meilleur qu'offre cette industrie : le kung fu, la kung Fu comedy et le « molaito ». Voyons dans quelles mesures Kung Fu Hustle engloble ces genres uniques et passionnants.

Le titre original du film annonce la couleur, « Gung Fu », ou Kung Fu en Mandarin, indique qu’il s’agira clairement d’un Kung Fu Pian, un film de Kung Fu. Comment pourrait-il en être autrement avec les maîtres du genre associés au film dans l’équipe technique ou le casting (Sammo Hung, Yuen Woo Ping, Yuen Wah, Tung Chi Hwa, Bruce Leung…) ? Et surtout la référence au genre, Bruce Lee, que Chow admire tant (son ombre plane sur chacun de ses films) et dont il endosse la défroque pour la confrontation finale. Même si Chow aime à dire dans ses interviews qu’il n’imite pas le Petit Dragon par respect et que son costume dans Kung Fu Hustle n’est qu’un habit traditionnel chinois il ressemble fortement à celui de Bruce Lee dans La Fureur de vaincre.

Les films appartenant au genre Kung Fu ont une trame identique : «le héros, vaincu ou humilié par son ennemi ou suite à la perte de son maître ou d’un être cher, apprend une nouvelle technique de combat qui lui permettra de se venger». SPOILERS- Ici, un jeune homme naïf (Chow donc) mais attiré par l’argent et le pouvoir tente de rejoindre un clan de gangsters violents et stupides, le clan des Haches qui sévit dans la région. Pour ce faire il doit éliminer par tous les moyens une bande de maîtres en arts martiaux récalcitrants. Toutes les tentatives sont vaines et notre ami est contraint de délivrer un maître surpuissant et incontrôlable. Chow se retrouve au sein d'une confrontation qui dépasse son entendement et y perd des plumes. Les talents martiaux du jeune benêt s'éveilleront finalement et il se tournera du coté de la vertu martiale et de la cause la plus juste. -FIN SPOILERS Le genre est donc ici respecté à la lettre.

Or donc, si les combats de kung fu sont légions, les gags ne manquent pas. Et ils inscrivent ainsi Kung Fu Hustle au sous-genre de la Kung Fu Comedy. Initiée dans les années 70 par Jackie Chan et Yuen Woo Ping et par Sammo Hung, ce sous-genre avait la caractéristique de contrebalancer les scènes d’action intenses par des gags, plus ou moins réussis, et permettant ainsi d’équilibrer le film entre climax violent et moments de détente. Si à l’époque les gags lourds étaient nombreux et prenaient parfois le pas sur l'action ou trop en décalage avec le ton du film, ici les gags issus du « mo Lai To », sont bien alternés avec les combats.

La comédie « mo lai to » (« n’importe quoi » littéralement), est le genre dans lequel excelle Chow et qui a fait sa réputation auprès du public asiatique très demandeur de ce type d’humour. Si pendant plus d’une décennie, Chow a officié dans le molaito, comprenez gags toutes les minutes et scénario au second plan, « on fait rire le public sur le moment », ici l’animal a su canaliser sa force créatrice et humoristique. Comme à son habitude, il ajoute donc sa marque de fabrique au film, son molaito traditionnel. Des gags scatologiques, des gueules pas possible, un humour décalé, des seconds rôles délirants, des situations cartoonesques (Tex Avery en serait fière) et un héros naïf mais au bon cœur, restent les éléments majeurs de ses films. Mais ici il n’y a pas d’accumulation de gags comme avant, ils s'intègrent dans la construction du récit. Les gags et les combats vont jouer alors un rôle essentiel dans la présentation et l’évolution des protagonistes et la progression du récit.

Les moments comiques sont d’ailleurs en parfait équilibre avec les scènes d’action et créent une atmosphère propre au film, pas excessif dans le n’importe quoi, mais pas extrêmement sérieuse non plus. Le métrage en devient réellement divertissant et surprenant, c'est une sorte de cartoon live ! Donc tout est possible et encore plus aujourd'hui avec les effets spéciaux numériques qui mettent cette folie en image. Chow ne se contente pas de nous resservir du vieux Kung Fu comedy et son moleitau d’antan. Il propose sa vision du genre en en rajeunissant la forme et en lissant les bords rugueux. Il a largement recours aux effets spéciaux. Des trucages proches de ceux de Shaolin Soccer pour amplifier les coups (une boule de feu se transforme en poing gigantesque), ou démontrer la force ou les intentions des combattants (un orage fantasmé évoque la méchanceté profonde d'un adversaire).

Par ailleurs, le métrage délivre un message positif et reste humaniste. Si les films de Bruce Lee montraient la force brute et la vengeance, parfois jusqu'à la folie (voir la névrose du héros de La Fureur de Vaincre), il n’y a pas de loi du talion ni de sadisme ici. La violence du film reste contenue. Certes il y a du sang, des coups portés et les effets de force de frappe sont impressionnants, mais le héros ne s’acharne pas, les méchants se massacrent entre eux ou vaincus, ils se repentent. Bref les vengeances sanglantes et froides ou autres tueries finales inutiles sont absentes.

Bien que le film s’ancre de par son genre et son traitement dans l’imaginaire chinois, il n'est pas imperméable. Chow maîtrise parfaitement son sujet et s’adresse à n’importe quel public. Les bons mots, les croyances et métaphores chinoises sont relativement simples à saisir. On y évoque par exemple la puissance de Bouddha comme force divine invulnérable. En fait le vrai talent de Chow est de ne pas proposer qu’une série de combats mais aussi une vision très personnel et poétique du kung fu ce qui donne lieu à des moments intenses. Ainsi les scènes d’action sont sublimées par des métaphores ou une vision traditionnelle et poétique des choses (une pluie de sabres, la métaphore de la transformation du jeune disciple en maître, de la chenille en papillon).

Kung Fu Hustle reste ancré dans un genre chinois très codifié, et le réalisateur ne perd pas de vue son projet. Si le film est grand public, il n’en reste pas moins très personnel et ambitieux. Il prouve que Chow, un des meilleurs acteurs de HK, peut aussi écrire, produire et réaliser avec rigueur un film chinois non édulcoré, et rencontrer un succès public international des plus mérités.

(c) HKCinemagic.com
Chief editor: Thomas Podvin
Published: 12/27/2004
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