THOMAS PODVIN’S FREELANCE WORK
Freelance writer - translator - Editor

< 1 2 3

Thursday 24 November 2005

Le cinéma Chinois révélé au monde

Cent ans après sa création, le cinéma chinois tire son épingle du jeu

Cette année, le cinéma chinois a fêté son centième anniversaire. L’industrie cinématographique a connu des hauts et des bas au cours de son siècle d’existence. Des bas avec l’invasion japonaise dans les années 1940 qui a considérablement diminué le nombre de productions, ou la « révolution culturelle » dans les année 1960-1970 pendant lesquelles bon nombre de studios étaient en « pause ».

Après cette période tumultueuse pour le septième art, l’Académie Cinématographique de Pékin a ré-ouvert ses portes en 1978 accueillant des étudiants pour la première fois depuis 10 ans. Et quels étudiants ! On compte parmi eux Zhang Yimou et Chen Kaige. Cette promotion est aujourd’hui connue comme la « cinquième génération ».

Ce sont ces réalisateurs qui dans les années 90 ont permis au cinéma chinois de traverser les frontières et de recevoir les récompenses les plus illustres. On pense à ces premiers films montrés à l’Ouest, Adieu, ma concubine de Chen Kaige qui reçu la palme d’or en 1993 à Cannes, ou Épouses et concubines de Zhang Yimou auréolé par la critique internationale.

Cette dernière décennie a en effet était favorable au cinéma chinois et à ses réalisateurs. Sa créativité et réactivité ont attiré bon nombre d’investisseurs d’Asie et d’occident. Ce qui a permis de produire de meilleurs films, plus internationaux et donc de séduire un nombre plus large de spectateurs.

Si les films de Chine continentale sont particulièrement appréciés pour leur peinture judicieuse de la société chinoise, ceux de Hong-Kong attirent le spectateur grâce aux arts martiaux et scènes d’action spectaculaires. Ces films étaient auparavant distribuées dans un nombre de salle restreint, principalement dans les Chinatown, et n’ont jamais réellement atteint une distribution grand public.

La vitalité du cinéma de HongKong a cependant montré des signes d’essoufflement dans les années 1990, et notamment suite à la rétrocession de l’île à la Chine en 1997. Ce qui est surprenant de constater est que cette diminution de la productivité (de 200 films/ans à environ 60 films/an) a eu un impact positif et conséquent sur les relations entre les trois principaux centres cinématographiques, Shanghai, Pékin et Hong-Kong.

On a commencé à s’unir pour produire des films bénéficiant l’industrie entière, avec une qualité hollywoodienne comme Kung-Fu Hustle de Stephen Chow ou Seven Swords de Tsui Hark.


Ce dynamisme n’est évidemment pas resté sans réponse à l’Ouest et Hollywood a tenté de recruter des acteurs, réalisateurs et techniciens confirmés pour des projets américains. Michelle Yeoh et Zhang Ziyi ont terminé Memoirs of a Geisha à Los Angeles, Gong Li travaille sur une séquelle du Silence des agneaux appelé Lector Variation.

Ce succès et cette qualité de production croissante ont aussi donné suite à des co-productions Est/Ouest et autres deals de distribution avec Columbia Tristar-Asia ou Miramax. En 2000, Ang Lee réalise son Tigre et Dragon, révélant au monde, et avec succès, le premier film de sabre chinois (wuxiapian) « internationale ». Zhang Yimou suivra plus tard avec Hero, puis Le Secret des poignards volants.

Ces films, qui ont rencontré un succès planétaire, prouvent que si goût et passion sont de mise, une histoire typiquement chinoise peut traverser toutes les frontières.

(c) Shanghai Scene
Chief editor: Dave Taylor
November 2005 issue

Monday 31 October 2005

Les pieds dans l'eau, Zhouzhuang, La Venise de l'Orient

Zhouzhuang, « première ville d’eau en Chine », accueille aujourd’hui plus de 2,5 millions de touristes par an alors qu’elle était absente des dépliants touristiques il y a 25 ans.

Il est maintenant commun de lire dans ces dépliants que si l’on veut s’écarter un peu des tumultes de la vie citadine, il y a plusieurs solutions qui s’offrent à nous ; que Zhouzhuang est la plus évidente. Que la ville, à 100 Km de Shanghai, est plus pittoresque que Suzhou et moins urbanisée que Hangzhou. Qu’une peinture, du célèbre peintre chinois, Chen Yifei, offerte à Deng Xiaoping contribua à sa renommée. Que la ville contient plus d’une centaine de cours intérieures, de petits ponts de pierres et de passages voûtés datant des dynasties Yuan, Ming et Qing. Qu’elle est appelée la Venise de l’Orient ; car comparable à la ville des amoureux en Italie elle est tailladée par de nombreux canaux, et les transports s’y font en barques et bateaux à moteur. Qu’on n’a rien vu en Chine si on n’a pas visité Zhouzhuang.

Ce qu’on omet de mentionner, c’est que la ville est un exemple de développement économique et touristique, soutenu par son patrimoine historique et architectural, une situation géographique avantageuse et des ressources exceptionnelles. La ville, connectée au grand canal Beijing-Hangzhou, est comme un lotus sur l’eau belle et fragile à la fois. Pour développer le tourisme et l’industrie tout en gardant un environnement propre, on a marché sur des œufs.

Au milieu des années 1980, une population et une activité touristique toujours plus croissante ont exercé une forte pression sur l’équilibre trop fragile des systèmes aquatiques. Ce qui valu à la ville de perdre sa chance d’être inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1997. « Une ville d’eau sans eau propre » fut la principale raison de cette déconvenue. Etudes et travaux se succédèrent pour rétablir une qualité d’eau correcte. Pari risqué et difficile à gagner. Il ne fallait ni perturber les habitants et touristes ni toucher aux fragiles constructions centenaires.

Les touristes qui vinrent en nombre dans ce nouveau paradis propre subirent à leur tour une pression commerciale intense. Pour y remédier, l’office du tourisme décida de déplacer 60% des commerces et industries de loisirs hors du centre de la vieille ville.

Non seulement Zhouzhuang a développé son tourisme avec succès, mais a également favorisé une économie capable d’attirer des investissements étrangers. La zone industrielle et scientifique du CGS Kunshan, véritable Silicon Valley, exploite la high-tech. L’aire de loisir de Taishidian étend la zone touristique de la vieille ville sur 6 Km2. Enfin, la zone d’agriculture moderne met en valeur les terres et eaux fertiles.

Zhouzhuang est un lieu historique, une réussite industrielle mais aussi culturelle. Cerise sur le gâteau, c’est aussi la ville du cinéma. 60 films furent tournés dans ce décor naturel. En 2001, le réalisateur hongkongais Yim Ho tourna Pavilion of Women, une histoire d’amour dans la Chine des années 1930, avec Willem Dafoe et Yan Luo.


(c) Shanghai Scene
Chief editor: Adam Bradford
October 2005 issue

Saturday 15 October 2005

La concession française;100 ans d’existence, 60 ans de destruction/reconstruction/rénovation

Après la guerre de l’opium Shanghai est devenue un port stratégique en Chine et en Asie. Les occidentaux y installent des comptoirs et aident au développement du petit port en métropole puissante.
En 1849, la concession française est officiellement établie. Après la révolution de 1911, la seconde guerre mondiale, l’occupation japonaise et la libération par les nationalistes, un traité sino-français scelle la fin de la concession en 1946.
Pendant près d’un siècle, l’enclave française, de concert avec la concession internationale, montrera l’exemple d’une modernisation urbaine, avec des travaux de voirie et d’urbanisme (financés par les fumeries d’opium et salles de jeu). Mais elle contribuera aussi à créer ce style local unique, un mélange d’architecture occidental et chinois.
Que reste-il aujourd’hui de l’ancienne concession ? Un résidu d’histoire, des allées de platanes, des reliques architecturales et des façades art déco ? La concession française était limitée au nord par la Rue Ratard (Julu Lu) au sud par la Route Hervé de Sieyès (Yongjia Lu). La voie principale, Huaihai Zhong Lu (Avenue Joffre) est aujourd’hui une rue commerçante très en vogue tandis qu’Henshan Lu (Avenue Pétain) abrite encore des appartements luxueux.
Au nord, l'ancien Cercle sportif français, Rue du Cardinal Mercier (Maoming Lu), constitue désormais l’entrée du somptueux Hôtel japonais Okura Garden. Dans les années 20, c’est dans ces jardins qu’on jouait à la pétanque. Au lendemain de la révolution le club devint le «palais du peuple».
Un milliardaire de Hongkong, Vincent Lau, rénova un quartier des « shikumen » (maisons construites fin XIXème pour héberger la classe moyenne chinoise dans la concession), et en fit le quartier le plus chic de la ville : Xintiandi, Fuxing Zhong Lu (Rue La Fayette). Désormais remplacé par de vagues répliques de « shikumen », Xintiandi abrite des bars, boutiques et restaurants de luxe.
Les démolitions successives ont échaudé les artistes locaux qui ont toujours connu la « Frenchtown ». Effectivement, la moitié des constructions existantes en 1949, dont 39 bâtiments supposés protégés, furent rasées. Et la destruction continue. Léon Cheng, réalisateur-écrivain, intègre le plus possible à son oeuvre l’architecture de la concession dans un souci de conservation de l’éphémérité du lieu.
Le dernier film de la réalisatrice Peng Xiaolang, Shanghai Story (présenté à Cannes en 2005), fut tourné dans un immeuble du quartier.
Deke Erh, un photographe/journaliste de Shanghai, et l’Américaine Tess Johnston ont publié plusieurs livres sur la vieille ville et la concession française, alertant les pouvoirs publics des dangers d’un manque de rénovation de ce qui n’a pas été détruit. Après avoir obtenu gain de cause, la situation semble être pire : “Shanghai n’est pas encore à même de faire ce type de travail, merci de stopper les rénovations!” proteste Johnston.
Le danger est imminent et tangible, ces artistes ont soufferts directement des destructions et reconstructions à outrance. Deke et Johnston ont déménagé plusieurs fois pour céder la place. Peng a imprimé à jamais sur pellicule les derniers instants de l’immeuble du tournage détruit après la production du film.


(c) Shanghai Scene
Chief editor: Dave Taylor
September 2005 issue

< 1 2 3