THOMAS PODVIN’S FREELANCE WORK
Freelance writer - translator - Editor

Monday 31 October 2005

Les pieds dans l'eau, Zhouzhuang, La Venise de l'Orient

Zhouzhuang, « première ville d’eau en Chine », accueille aujourd’hui plus de 2,5 millions de touristes par an alors qu’elle était absente des dépliants touristiques il y a 25 ans.

Il est maintenant commun de lire dans ces dépliants que si l’on veut s’écarter un peu des tumultes de la vie citadine, il y a plusieurs solutions qui s’offrent à nous ; que Zhouzhuang est la plus évidente. Que la ville, à 100 Km de Shanghai, est plus pittoresque que Suzhou et moins urbanisée que Hangzhou. Qu’une peinture, du célèbre peintre chinois, Chen Yifei, offerte à Deng Xiaoping contribua à sa renommée. Que la ville contient plus d’une centaine de cours intérieures, de petits ponts de pierres et de passages voûtés datant des dynasties Yuan, Ming et Qing. Qu’elle est appelée la Venise de l’Orient ; car comparable à la ville des amoureux en Italie elle est tailladée par de nombreux canaux, et les transports s’y font en barques et bateaux à moteur. Qu’on n’a rien vu en Chine si on n’a pas visité Zhouzhuang.

Ce qu’on omet de mentionner, c’est que la ville est un exemple de développement économique et touristique, soutenu par son patrimoine historique et architectural, une situation géographique avantageuse et des ressources exceptionnelles. La ville, connectée au grand canal Beijing-Hangzhou, est comme un lotus sur l’eau belle et fragile à la fois. Pour développer le tourisme et l’industrie tout en gardant un environnement propre, on a marché sur des œufs.

Au milieu des années 1980, une population et une activité touristique toujours plus croissante ont exercé une forte pression sur l’équilibre trop fragile des systèmes aquatiques. Ce qui valu à la ville de perdre sa chance d’être inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1997. « Une ville d’eau sans eau propre » fut la principale raison de cette déconvenue. Etudes et travaux se succédèrent pour rétablir une qualité d’eau correcte. Pari risqué et difficile à gagner. Il ne fallait ni perturber les habitants et touristes ni toucher aux fragiles constructions centenaires.

Les touristes qui vinrent en nombre dans ce nouveau paradis propre subirent à leur tour une pression commerciale intense. Pour y remédier, l’office du tourisme décida de déplacer 60% des commerces et industries de loisirs hors du centre de la vieille ville.

Non seulement Zhouzhuang a développé son tourisme avec succès, mais a également favorisé une économie capable d’attirer des investissements étrangers. La zone industrielle et scientifique du CGS Kunshan, véritable Silicon Valley, exploite la high-tech. L’aire de loisir de Taishidian étend la zone touristique de la vieille ville sur 6 Km2. Enfin, la zone d’agriculture moderne met en valeur les terres et eaux fertiles.

Zhouzhuang est un lieu historique, une réussite industrielle mais aussi culturelle. Cerise sur le gâteau, c’est aussi la ville du cinéma. 60 films furent tournés dans ce décor naturel. En 2001, le réalisateur hongkongais Yim Ho tourna Pavilion of Women, une histoire d’amour dans la Chine des années 1930, avec Willem Dafoe et Yan Luo.


(c) Shanghai Scene
Chief editor: Adam Bradford
October 2005 issue

Saturday 15 October 2005

La concession française;100 ans d’existence, 60 ans de destruction/reconstruction/rénovation

Après la guerre de l’opium Shanghai est devenue un port stratégique en Chine et en Asie. Les occidentaux y installent des comptoirs et aident au développement du petit port en métropole puissante.
En 1849, la concession française est officiellement établie. Après la révolution de 1911, la seconde guerre mondiale, l’occupation japonaise et la libération par les nationalistes, un traité sino-français scelle la fin de la concession en 1946.
Pendant près d’un siècle, l’enclave française, de concert avec la concession internationale, montrera l’exemple d’une modernisation urbaine, avec des travaux de voirie et d’urbanisme (financés par les fumeries d’opium et salles de jeu). Mais elle contribuera aussi à créer ce style local unique, un mélange d’architecture occidental et chinois.
Que reste-il aujourd’hui de l’ancienne concession ? Un résidu d’histoire, des allées de platanes, des reliques architecturales et des façades art déco ? La concession française était limitée au nord par la Rue Ratard (Julu Lu) au sud par la Route Hervé de Sieyès (Yongjia Lu). La voie principale, Huaihai Zhong Lu (Avenue Joffre) est aujourd’hui une rue commerçante très en vogue tandis qu’Henshan Lu (Avenue Pétain) abrite encore des appartements luxueux.
Au nord, l'ancien Cercle sportif français, Rue du Cardinal Mercier (Maoming Lu), constitue désormais l’entrée du somptueux Hôtel japonais Okura Garden. Dans les années 20, c’est dans ces jardins qu’on jouait à la pétanque. Au lendemain de la révolution le club devint le «palais du peuple».
Un milliardaire de Hongkong, Vincent Lau, rénova un quartier des « shikumen » (maisons construites fin XIXème pour héberger la classe moyenne chinoise dans la concession), et en fit le quartier le plus chic de la ville : Xintiandi, Fuxing Zhong Lu (Rue La Fayette). Désormais remplacé par de vagues répliques de « shikumen », Xintiandi abrite des bars, boutiques et restaurants de luxe.
Les démolitions successives ont échaudé les artistes locaux qui ont toujours connu la « Frenchtown ». Effectivement, la moitié des constructions existantes en 1949, dont 39 bâtiments supposés protégés, furent rasées. Et la destruction continue. Léon Cheng, réalisateur-écrivain, intègre le plus possible à son oeuvre l’architecture de la concession dans un souci de conservation de l’éphémérité du lieu.
Le dernier film de la réalisatrice Peng Xiaolang, Shanghai Story (présenté à Cannes en 2005), fut tourné dans un immeuble du quartier.
Deke Erh, un photographe/journaliste de Shanghai, et l’Américaine Tess Johnston ont publié plusieurs livres sur la vieille ville et la concession française, alertant les pouvoirs publics des dangers d’un manque de rénovation de ce qui n’a pas été détruit. Après avoir obtenu gain de cause, la situation semble être pire : “Shanghai n’est pas encore à même de faire ce type de travail, merci de stopper les rénovations!” proteste Johnston.
Le danger est imminent et tangible, ces artistes ont soufferts directement des destructions et reconstructions à outrance. Deke et Johnston ont déménagé plusieurs fois pour céder la place. Peng a imprimé à jamais sur pellicule les derniers instants de l’immeuble du tournage détruit après la production du film.


(c) Shanghai Scene
Chief editor: Dave Taylor
September 2005 issue