Après la guerre de l’opium Shanghai est devenue un port stratégique en Chine et en Asie. Les occidentaux y installent des comptoirs et aident au développement du petit port en métropole puissante.
En 1849, la concession française est officiellement établie. Après la révolution de 1911, la seconde guerre mondiale, l’occupation japonaise et la libération par les nationalistes, un traité sino-français scelle la fin de la concession en 1946.
Pendant près d’un siècle, l’enclave française, de concert avec la concession internationale, montrera l’exemple d’une modernisation urbaine, avec des travaux de voirie et d’urbanisme (financés par les fumeries d’opium et salles de jeu). Mais elle contribuera aussi à créer ce style local unique, un mélange d’architecture occidental et chinois.
Que reste-il aujourd’hui de l’ancienne concession ? Un résidu d’histoire, des allées de platanes, des reliques architecturales et des façades art déco ? La concession française était limitée au nord par la Rue Ratard (Julu Lu) au sud par la Route Hervé de Sieyès (Yongjia Lu). La voie principale, Huaihai Zhong Lu (Avenue Joffre) est aujourd’hui une rue commerçante très en vogue tandis qu’Henshan Lu (Avenue Pétain) abrite encore des appartements luxueux.
Au nord, l'ancien Cercle sportif français, Rue du Cardinal Mercier (Maoming Lu), constitue désormais l’entrée du somptueux Hôtel japonais Okura Garden. Dans les années 20, c’est dans ces jardins qu’on jouait à la pétanque. Au lendemain de la révolution le club devint le «palais du peuple».
Un milliardaire de Hongkong, Vincent Lau, rénova un quartier des « shikumen » (maisons construites fin XIXème pour héberger la classe moyenne chinoise dans la concession), et en fit le quartier le plus chic de la ville : Xintiandi, Fuxing Zhong Lu (Rue La Fayette). Désormais remplacé par de vagues répliques de « shikumen », Xintiandi abrite des bars, boutiques et restaurants de luxe.
Les démolitions successives ont échaudé les artistes locaux qui ont toujours connu la « Frenchtown ». Effectivement, la moitié des constructions existantes en 1949, dont 39 bâtiments supposés protégés, furent rasées. Et la destruction continue. Léon Cheng, réalisateur-écrivain, intègre le plus possible à son oeuvre l’architecture de la concession dans un souci de conservation de l’éphémérité du lieu.
Le dernier film de la réalisatrice Peng Xiaolang, Shanghai Story (présenté à Cannes en 2005), fut tourné dans un immeuble du quartier.
Deke Erh, un photographe/journaliste de Shanghai, et l’Américaine Tess Johnston ont publié plusieurs livres sur la vieille ville et la concession française, alertant les pouvoirs publics des dangers d’un manque de rénovation de ce qui n’a pas été détruit. Après avoir obtenu gain de cause, la situation semble être pire : “Shanghai n’est pas encore à même de faire ce type de travail, merci de stopper les rénovations!” proteste Johnston.
Le danger est imminent et tangible, ces artistes ont soufferts directement des destructions et reconstructions à outrance. Deke et Johnston ont déménagé plusieurs fois pour céder la place. Peng a imprimé à jamais sur pellicule les derniers instants de l’immeuble du tournage détruit après la production du film.


(c) Shanghai Scene
Chief editor: Dave Taylor
September 2005 issue