Devdas de Sanjay Leela Bhansali (2002/Inde)
By Thomas Podvin, Sunday 14 August 2005 at 16:08 :: Movie reviews - Français - HKCinemagic.com - France - Asian Cinema :: #269 :: rss

Devdas rempli son contrat de film à grand spectacle Bollywoodien (glamour, chants et danses, sentiments exacerbés) et fait preuve de raffinements, de subtilités ainsi que d'une grande rigueur. L'esthétisme, la psychologie des personnages, le scénario et les dialogues sont particulièrement soignés.
Il est difficile de parler de Devdas sans recourir aux superlatifs, tant ce film représente un véritable culte du beau. Il y a toujours un plus dans tout ce qui est mis en scène et cadré. Les actrices ont les mains maquillées et ornées de bijoux, elles portent des costumes chamarrés et évoluent dans des décors grandioses sublimés par un éclairage très travaillé. Mais Devdas n'est pas un exercice de style friqué et vain. Les magnifiques décors raffinés, presque baroques, le maquillage, les costumes et accessoires, et la photographie ainsi que certaines idées de mise en scène subliment les personnages et leur histoire. Tous ces éléments participent au spectacle et sont adroitement utilisés pour exprimer des sentiments et des émotions ineffables. Le talent du réalisateur, et de son équipe, est d'avoir mis une débauche de beauté et de splendeur au service de son propos et du parcours des personnages.
L'un des grands atouts du film est ainsi d'échapper aux travers typiques de ce genre de produit. Le réalisateur évite soigneusement de longs tunnels dialogués pour expliquer une histoire ou des sentiments. Il choisit plutôt de les montrer et de les dévoiler en recourrant à tous les éléments visuels (photographie, montage, décors, accessoires…) et sonores propres au médium. Toutes les ressources cinématographiques disponibles sont donc employées au maximum. La photographie est évidemment l'outil à l'efficacité la plus visible. Dans la scène au clair de lune où Devdas découvre le visage de Paro, les deux amoureux sont enrobés par une réflexion mouvante des vitraux colorés sous les rayons lunaires. Celle-ci accentue la révélation magnifique et souligne la comparaison entre la beauté des traits de Paro et de la lune. Le montage à également son importance. La séparation des deux amants est montée en cross cuting ou montage alterné, entre ici un flash back et une scène actuelle. Ce procédé permet de mettre en parallèle les tragédies du passé et du présent et donc démultiplie leur intensité dramatique. Enfin, l'ambiance sonore appuie les effets. Le bruit du tonnerre ou d'un claquement de fouet vient appuyer un moment tragique ou une terrible révélation.
Le fond et la forme vont ainsi se compléter, s'harmoniser et sublimer l'histoire des personnages. Le film prend des allures de conte de fée après le premier tiers. Tout converge alors vers un spectacle d'une intensité et d'une beauté extrême. Lors de la scène à la source entre Devdas et Paro, la lumière de la lune les illumine d'une clarté quasi féerique. Le film entre alors dans une phase plus onirique, en dehors des réalités d'une simple histoire d'amour, et évidemment loin du quotidien indien (lieu et époque demeurent assez flous). Devdas est devenu gentleman tandis que Paro possède tous les atours d'une princesse de contes. Le premier ne peut se soustraire à son déclin malgré toutes ses vertus. Paro, elle, change de statut et évolue dans un environnement qui correspond à ses métamorphoses. D'abord jeune fille qui attend Devdas dans sa chambre, elle prend ensuite des allures de belle au bois dormant orientale au clair de lune. Puis elle acquiert une situation stable d'épouse d'aristocrate et de mère au sein d'un palais grandiose où un plan majestueux lui donne les apparences d'un personnage de peinture assujettie à son environnement et au décorum. Par la suite, sa grandeur, son charisme, le luxe des ses vêtements et bijoux révèlent l'importance de sa situation de maîtresse de maison.
En utilisant tous les moyens mise à disposition, le réalisateur Sanjay Leela Bhansali réussi avec rigueur et sans digression inutile à imprimer sur pellicule le pathos de ses personnages et à redonner ses lettres de noblesse au genre de la comédie mélodramatique indienne. L'histoire d'amour de trois heures ne s'essouffle pas car de nouveaux éléments viennent s'ajouter au récit et maintiennent l'intérêt du spectateur tout en faisant progresser l'intrigue. Ce qui ne veut pas dire que Sanjay Leela Bhansali ne prenne pas son temps pour ménager de purs moments de poésie (avec danses et chants par exemple) ou des instants lyriques (dialogues imagés, poétiques et / ou à plusieurs niveaux de lectures) qui confirme la filiation du film à la littérature. Pour mémoire, le scénario est basé sur un roman classique indien déjà maintes fois porté à l'écran. Devdas est un film populaire, mais qui offre une plus-value indéniable par rapport aux autres films commerciaux Bollywood du genre. Il ne sombre pas dans les écueils faciles du mélo. Le film n'est ni kitch, ni ennuyeux et tout en impliquant le public au divertissement, il évite de prendre le spectateur en otage d'une déferlante de bons sentiments et de débordements lacrymaux (comme le laissait faussement présager le premier quart d'heure). Bref, il titille autant l'affect que l'intellect, il contente autant le goût du beau que le pathos. Ce qui mérite tout de même la plus grande attention.
(c) HKCinemagic.com
Chief editor: Thomas Podvin
Published: 21/04/03
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